Les personnages du roman
Les personnages
Lui
Le narrateur de ce livre n’a pas de nom, son identité se lit dans chacune de ses cicatrices. Devenu une plaie béante et douloureuse à la suite d'un accident de voiture, il existe longtemps à travers ses blessures, ses soins atroces de grand brûlé. Puis, ramené à la (sur)vie, il ne pense qu’à son prochain suicide, ressasse les souvenirs d’une vie vaine : enfant ballotté confié à un oncle et une tante toxicomanes, ado livré à lui-même puis, jeune homme au physique de tombeur, vivant à toute allure, entre alcool, fêtes et carrière d’acteur porno. Sa dérive s’étant terminée dans les flammes de sa voiture, le bilan, sur son lit d’hôpital, sans un ami pour lui rendre visite, est bien triste.
Jusqu’à ce qu’une femme, patiente du service psychiatrique pousse la porte de sa chambre.
C’est elle qui va donner un sens à la vie qui l’attend, à celle qu’il a connue, et à celle dont il ignore tout mais qu’il a peut-être déjà vécue.
Marianne Engel
Internée dans l’aile psychiatrique de l’hôpital, Marianne est schizophrène, maniaco-dépressive, folle… On ne sait pas trop. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est étrange - inquiétante ? –, envoûtante. Et sculptrice de gargouilles. Elle gagne sa vie, plutôt bien, en créant ces créatures bizarres dans des sortes de transes pendant lesquelles elle ne mange rien, ne dort pas, ne sort pas, et sculpte frénétiquement jusqu’à ce que la gargouille jaillisse de la pierre.
Autre curiosité, et pas des moindres, Marianne est polyglotte, les langues lui viennent naturellement sans qu’elle les ait jamais apprises, et ce, dit-elle, depuis toujours. Mais lorsqu’elle pousse la porte de la chambre du narrateur, c’est pour dévoiler un autre de ses talents, celui de conteuse merveilleuse, déroulant les histoires d’amour incroyables et tragiques de personnages imaginaires ou non.
Ce qu’elle est venue lui raconter surtout, c’est leur histoire d’amour : leur rencontre au XIVe siècle, lorsqu’elle était une jeune religieuse copiste dans le monastère dominicain d’Engelthal en Allemagne et lui un mercenaire, leur vie à deux à Mayence, leur fuite et sa « première » mort. Il ne la croit qu’à moitié, mais il se laisse séduire par ses récits, par son talent, par sa chevelure interminable et sauvage, par son corps entièrement tatoué, par son regard habité qui le dévisage avec passion et avec un attachement profond, comme s'ils se connaissaient intimement et s’aimaient depuis sept cents ans.
Le serpent
On entend tout d’abord sa voix, puis on comprend où il se cache, se tient tapi, prêt à enrouler son corps froid et cruel autour de sa proie. Le serpent vient interrompre les pensées du narrateur, il enserre sa colonne vertébrale, siffle son venin à son oreille, l’attire vers le mal, la morphine. Car seule la drogue calme la douleur et fait taire le serpent.
