Andrew Davidson
L'auteur
Andrew Davidson est né à Pinawa, au Canada. Il a fait ses études de littérature anglaise à Columbia. Puis il a travaillé comme enseignant au Japon, où il a effectué plusieurs longs séjours. Les Âmes Brûlées, son premier roman, a nécessité sept années de recherches et d’écriture. Andrew Davidson vit à Winnipeg, au Canada.
Andrew Davidson par Andrew Davidson
Une partie de ce qui suit est vrai.
Quand j’avais environ sept ans, j’avais une tortue nommée Stripe. Je décidai, puisque j’aimais tant ma tortue et le commandant Cousteau, de devenir biologiste marin. Ce projet dura jusqu’à mes dix ans, âge auquel je passai une année entière à scruter l’abysse en espérant qu’elle ne puisse pas me voir. À onze ans, je rêvais qu’un maître m’enseigne l’art des ninjas, mais le maître ne se montra pas ; ce qui signifiait probablement que je n’étais pas prêt en tant qu’élève. Les années suivantes, je les consacrai à devenir un joueur de hockey professionnel.
Le samedi soir, le dernier match finissait vers 22 h mais le responsable de la patinoire ne quittait les lieux que vers minuit, une fois les vestiaires nettoyés et les portes fermées. Je le soudoyais à coups d’after-shave Aqua Velva pour qu’il me laisse jouer seul sur la glace jusqu’à ce qu’il rentre chez lui. Malgré mes efforts, je ne développais jamais les talents pour m’échapper de ma petite ville et intégrer les grandes équipes. Mon rêve déchu, à seize ans, je commençais à passer plus de temps à écrire. […]
Après m’être essayé à quelques poèmes et avoir honteusement pillé mes sources d’inspiration (Sylvia Plath, John Milton, E.E. Cummings, Leonard Cohen…), je m’attaquai au théâtre, dans une tentative dramatique d’imiter Tennessee Williams. Là non plus, le succès n’était pas au rendez-vous. Alors je me suis lancé dans des nouvelles, qui auraient pu être bonnes, si elles avaient été de vraies nouvelles, c'est-à-dire plus courtes. Et enfin, je produisis des scénarios qu’Alan Smithee lui-même aurait refusé de tourner.
Quelque part au milieu de mes errements, je réussis à obtenir un diplôme en littérature anglaise ; ce qui était étrange, puisque je croyais faire des études de cardiologie. J'ai ensuite fréquenté l’école de cinéma de Vancouver. […]
À la fin de ces pérégrinations, j’étais à la tête d’un prêt étudiant de dizaines de milliers de dollars, et il devenait urgent de trouver un emploi. Je découvris ainsi, assez vite, que le travail n’est pas une activité divertissante. J’ai tenu bon tant que j’ai pu, autant dire beaucoup moins que la quarantaine d’années requise. Et arrivé à mes trente ans, je me suis rendu compte avec effroi que je n’avais jamais vécu à l’étranger. Il fallait combler ce manque d’urgence, j’ai donc déménagé au Japon.
Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait là-bas mais je me fis la promesse de tenir au moins un an. Je résistais une année, puis une autre, et encore une autre, et encore une autre… Au début je travaillais comme prof d’anglais suppléant. J’ai vécu dans une quinzaine de villes différentes pendant les deux premières années, de l’île du Nord d’Hokkaido jusqu’à celle, à l’extrême sud, d’Okinawa. L’idéal pour découvrir le pays, mais je finis par me lasser de bouger tout le temps. Je trouvai un job de prof d’anglais sur Internet, basé à Tokyo. J’ai vécu dans cette ville immense pendant trois ans et j’ai adoré ça : vive les sumos, vive les sushis, et vive les héros de dessins animés.
Au Japon, je continuais à écrire en dilettante. Comme j’avais déjà épuisé la poésie, les nouvelles, les pièces de théâtre et les scénarios, je me dis qu’il était temps de tenter ma chance avec le roman. Quelque chose d’étrange se produisit : je découvris que je n’écrivais pas comme les autres romanciers – du moins ceux que je connais. J’ai lu ici et là que mon livre était comparé à d’autres – Le Nom de la Rose, Le Patient anglais, L’Ombre du vent – mais je n’ai lu aucun de ces livres. (J’ai honte d’ailleurs, et je suis sûr que je devrais les lire. Dans la mesure où ils sont censés m’avoir influencé, il vaudrait mieux que je fasse leur connaissance. J’aurais l’air un peu plus intelligent pendant mes interviews.)
J’ai adoré écrire Les Âmes Brûlées et je crois que je vais écrire un autre roman. Si j’y arrive, j’inventerais de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. C’est ce que j’ai prévu.
